Le conte

1 – La naissance de Naïa

Aujourd’hui Naïa est née. Un petit être plein de rondeurs fait son entrée dans un monde où les collines sont verdoyantes et vibrantes de vie.

Après avoir connue une vie citadine trépidante, sa maman s’était retirée dans cette région sauvage pour oublier son passé. C’est du moins ce qu’en disent les quelques personnes qui l’ont rencontrée au moment de son arrivée dans ce pays.

L’image de cette jeune femme très belle et très douce, enceinte de huit mois, est restée gravée dans leur mémoire. Sa présence solitaire dans la région intriguait les quelques habitants avoisinants qui auraient bien aimé satisfaire leur curiosité naturelle.

Ceux qui l’ont côtoyée ne purent jamais percer le mystère de son passé. D’ailleurs, ils ne lui posaient aujourd’hui plus aucune question tant la jeune femme évitait le sujet.

Le pays était connu pour la douceur de son climat et pour le silence qui y régnait. Un mois après la venue de la jeune femme pourtant, les éléments se déchaînèrent. Une pluie torrentielle et soudaine se déversa en trombes sur la terre aride alors que des vents violents venus de l’Océan tournoyaient autour de la petite maison en bois de la future maman.

C’est ce jour là que choisit Naïa pour venir au monde…

Ce n’est pas un hasard si l’heureux évènement fut célèbré par un grand feu de cheminée. En effet, ce soir là les quatre éléments feu, eau, terre et air devaient être réunis pour honorer la venue au monde de Naïa.

Elle EST née dans cette maison au milieu de nulle part avec pour seule présence celle de sa maman.

La famille informée par courrier de sa naissance ARRIVA bientôt de très loin pour voir la petite Naïa. Ils étaient à l’évidence issus d’un milieu très aisé.

Pour toutes ces personnes radieuses et illuminées de bonheur, l’histoire de Naïa commençait…Mais dés les premières secondes de son existence ici-bas, Naïa sut qu’elle avait déjà effectué un très très long voyage auparavant…

Musique

Comment a t’elle su qu’elle avait déjà parcouru un si long chemin ?

Musique – Feu

Bercée par les mains douces et aimantes de sa maman, elle entrouvre les yeux sur son nouveau monde. Elle ne perçoit pourtant que des formes floues et indistinctes, mais intriguée par le crépitement du feu de cheminée, la danse colorée des flammes attire son attention.

Elle ressent la chaleur, l’intensité, la beauté chatoyante et vivante des couleurs.

Elle commence alors à revivre les danses joyeuses autour du grand brasier qui réchauffaient les hommes. Pas un des habitants du village n’aurait manqué cette cérémonie.

Naïa percevait ces images plus qu’elle ne les voyait réellement ! Elle ressentait le bonheur de ces visages souriants qui chantaient à travers les flammes.

Elle vit alors la force gigantesque et destructrice du feu lorsqu’il avait détruit les maisons en bois du village. Mais cette vision n’était pas du tout teinté de peur, ni même pénible. Tout lui paraissait léger …

Musique – Eau

Cette vision s’estompa peu à peu. Naïa écoutait la mélodie de la pluie FRAPPER violemment les carreaux. Elle se mit alors à sentir l’eau glisser sur sa peau. Elle vit alors des images merveilleuses : son corps nageait en ondulant au milieu des dauphins. Elle éprouvait un tel amour pour eux qu’il lui sembla qu’ils étaient ses frères. Il régnait un calme infini avec pour seule sensation celle d’être l’eau tout simplement, sans question et sans désir.

Elle profitait pleinement de cet instant où la mer n’était pas déchaînée…

Musique – Air

Naïa revint à elle et sentit la respiration profonde de sa maman qui se penchait pleine d’admiration au dessus de son petit visage. Son souffle était doux et rempli de la chaleur des flammes qu’il semblait transporter juste pour elle.

Dehors de violentes bourrasques remplies de pluie frappaient bruyamment la maison. L’inquiètude grandissante de la maman devenait perceptible.

Pourtant rien de tout cela n’effrayait Naïa car elle savait que c’était dans la nature du vent de transporter l’humidité tout comme le souffle de sa maman lui avait apporté la chaleur du feu de cheminée.

Musique – Terre

Dehors, le vent soufflait de plus en plus violemment et finit par s’infiltrer sous les fenêtres en bois de la maison. Il provoqua un sifflement si fort que la maman instinctivement protégea Naïa en la serrant contre son corps.

A sa grande surprise, tous ces bruits stridents n’effrayaient pas du tout Naïa. Le petit corps du bébé collé à celui de sa maman était totalement détendu. Naïa esquissa même un petit sourire, comme pour rassurer sa maman qui n’en revenait pas.

Le vent avait apporté dans la pièce l’odeur de la terre gorgée d’eau. Naïa sentait au plus profond de son être que la Terre accueillait la tempête avec générosité, comme une mère accueille son enfant.

Il lui sembla qu’elle avait déjà vécu tout cela. Elle était très calme et pas du tout inquiète car ce qui se passait entre la maison et l’extérieur lui paraissait harmonieux. Elle eu une impression indéfinissable comme si tout baignait dans une sorte de grand fluide…

Et ce fluide d’ailleurs ne lui semblait pas inconnu…

Musique ( un blanc luminescent inonde la scène )

2 – Le début des mondes de la forme

Au commencement était le fluide, immense et mouvant, blanc luminescent, d’un blanc qu’on ne connaît pas ici. C’était comme un grand ciel rempli d’air qui se déplaçait très légèrement par petites ondes, comme de toutes petites vagues qui bougeraient au ralenti à l’intérieur du fluide. C’était comme une grande respiration continue sans coupure. Naïa baignait dans ce fluide ou plus exactement elle était tout le fluide et le fluide était Naïa. Il n’y avait aucune séparation, aucune question, aucun doute ! Que de la lumière, de la paix, de l’Amour. Naïa ne possédait rien, elle « ETAIT » TOUT SIMPLEMENT !!!

Des taches de formes différentes commencent à se détacher de cette blancheur. Des formes se dissocient progressivement du tout et prennent des teintes différentes pour évoluer vers des couleurs spécifiques à chaque forme.

La musique évolue dans ce sens.

Naïa commença à sentir de drôles de mouvements à l’intérieur d’elle même, comme si son être se divisait. Des parties de plus en plus importantes commencèrent à se former à l’intérieur pour devenir des petites tâches légèrement colorées pour finir par onduler dans toutes les dimensions. Certains cercles montaient légèrement, d’autres descendaient, puis des cercles commencèrent à s’éloigner les uns des autres en se séparant lentement. Ils se déplaçaient légèrement dans l’espace, d’avant en arrière.

La lumière et les projections décrivent graphiquement tous ces mouvements. La musique suit.

Naïa avait l’impression que tout son être bougeait à l’intérieur et que différentes parties d’elle tentaient de se détacher les unes des autres. Elle se rendit compte que petit à petit elle n’était plus d’un blanc aussi immaculé mais que des petites tâches moins blanches commençaient à se former dans son être. Chaque tâche tendait à prendre une forme spécifique. Certaines devenaient rondes, d’autres ovales. Certaines passaient du blanc à une couleur pale mais chacune possédait maintenant une couleur bien définie.

Naïa se retrouva bientôt séparée des autres tâches. Elle éprouvait un sentiment d’abandon de voir les autres parties d’elle même s’éloigner. Elle se sentit soudain différente, d’autant qu’elle s’aperçut qu’elle était restée d’une blancheur immaculée comme lorsqu’elle s’étalait dans ce grand fluide qui recouvrait tout.

Elle devait désormais se faire à cette idée pour poursuivre son évolution dans le monde qui l’attendait…

Musique

Naïa commençait à ressentir un grand souffle froid, extrêmement magnétique. Un vent glaçant qui entourait tout son être et le faisait vibrer de toute part. Certaines parties d’elle même commencèrent à se durcir peu à peu jusqu’à devenir complètement figées. Le reste de son être bougeait sans qu’elle ne puisse l’empêcher. Elle sentait qu’elle ne pouvait aller contre ce processus de transformation et de durcissement de sa forme dont elle était désormais prisonnière.

Elle subissait un mouvement de rotation à l’intérieur d’elle même dans un sens puis dans l’ autre. Des parties de plus en plus importantes d’elle même se durcissaient maintenant. Elle se sentit bientôt complètement figée dans un forme extrêmement dure et totalement immobile ! Elle comprit que ce froid glacial qui l’avait parcouru en était la cause.

Musique

Stupeur ! Naïa pris conscience qu’elle était devenue un bloc de roche extrêmement magnétique d’un marron trés fonçé, presque noir. Malgré cette forme, elle percevait au fond d’elle même cette lumière très blanche du début lorsqu’elle était le fluide. Elle la ressentait comme une petite flamme enfouie dans les profondeurs du rocher mais restée totalement intacte quand à son intensité. Cela la rassurait et la réchauffait au point qu’elle ne sentait plus ce froid magnétique qui l’avait enveloppé auparavant.

Naïa, qui jusqu’ici s’était sentie abandonnée, s’aperçut très vite qu’elle n’était pas seule, autour d’elle, des grands blocs de roche s’élevaient et formaient comme de grandes arcades rocheuses.

Elle se dit alors que ces blocs étaient peut-être les anciennes parties d’elle-même qui l’avaient « abandonnées » lorsqu’elle était un fluide. Ces blocs avaient du se transformer tout comme elle ? Elle regarda autour d’elle et commença à comparer sa forme aux autres formes rocheuses. Chacune était différente mais toutes étaient constituées de la même matière. Naïa comprit qu’elle se trouvait dans une caverne sans lumière.

Musique

Soudain elle sentit quelque chose de différent qui ne correspondait à rien de ce qu’elle connaissait. Elle reçut alors la vision d’un grand courant d’eau qui circulait sous les arcades formées par la roche. C’était comme un grand ruisseau d’un bleu foncé qui circulait dans le fond de la caverne et avançait dans sa direction. Naïa était émerveillée et comme rassurée de voir cette forme évoluer librement, elle qui était prisonnière de ce bloc rocheux. Elle ressentit un amour profond et inexplicable pour cette eau, comme une envie irrésistible de la connaître, une très forte attirance…

Musique

Une nouvelle vision lui apparut alors brusquement. Un grand rideau de flammes se répandait sur toute la surface se propageant de gauche à droite et brûlant tout sur son passage. Ce déplacement était très rapide contrairement à l’eau qui s’écoulait lentement. Curieusement, comme dans la maison avec sa maman, Naïa n’était pas du tout effrayée, comme spectatrice d’un événement qui semblait inéluctable et naturel. Puis tout s’accéléra dans la caverne. Elle vit de la lave en fusion s’écouler comme un large torrent de boue rouge-orangée qui s’écoulait sur le sol.

En une fraction de seconde, sa vision s’arrêta – Noir complet !

Musique

Une grande boule de la même couleur que la lave apparut alors…

Elle flottait littéralement au beau milieu de l’espace. Naïa se rendit compte que cette boule était formée de tous les éléments qui se trouvaient dans la caverne. Elle était un mélange de l’eau bleue du courant, de la roche marron foncée et du feu du champ de flammes. Elle pensa que le feu qui avait envahi la caverne devait être à l’origine de cette « fusion »…

Ce qui surprit le plus Naïa, c’est qu’elle ne se sentait plus du tout « roche ». Elle était la boule qu’elle voyait et qu’elle sentait dans son cœur. Son être tout entier était formé de la terre rocheuse, de l’eau bleu foncée et du feu.
Elle comprit alors l’attirance qu’elle avait ressentie pour l’eau et le fait qu’elle n’ait pas eu peur de ces grandes flammes qui envahissaient tout. Elle avait besoin de l’eau et du feu pour exister pleinement ! Naïa était désormais constituée de ces trois éléments qui formaient une unité parfaite ! La terre, l’eau et le feu n’était plus séparés ils étaient Naïa.

Elle ressentit alors un grand amour qui envahissait tout son être et tout son environnement sans qu’elle ne put l’expliquer. C’était comme un grand frisson de paix. C’était le même amour qu’elle ressentait lorsqu’elle était fluide, à ceci près qu’il était moins puissant ! Il lui manquait un petit quelque chose d’indéfinissable… Elle sentait que la petite lumière à l’intérieur d’elle même était toujours là au plus profond de la boule mais elle avait maintenant envie de grandir…

Naïa se rendit compte qu’elle n’était plus dans la caverne mais que la boule dont elle était constituée flottait littéralement dans l’air. Naïa se sentait faite d’une puissante énergie. Il lui sembla qu’elle pouvait tout créer ou presque simplement en y pensant ! Elle resta longtemps dans cette impression qu’elle savourait puis petit à petit elle ressentit comme un petit vide. Ce même petit vide que cette grande masse d’air qui l’entourait. Ce vide l’appelait comme si Naïa avait besoin d’absorber tout cet air autour d’elle pour l’intégrer dans son être. Il lui fallait faire cela pour continuer à évoluer et s’expanser encore d’avantage.

La petite lumière intérieure lui réclamait…

à suivre…